L’énergie d’hiver

Hiver : Les énergies du moment

L’hiver commence cette année le 7 novembre et s’achèvera aux alentours du 15 janvier pour être suivi par une période d’intersaison nécessaire vers le printemps. Le solstice d’hiver du 21 décembre marquera d’ailleurs le milieu énergétique de cette saison — c’est le moment où le Yin est à son maximum, et à partir duquel le Yang recommencera doucement à croître.

Et n’oublions pas, même au cœur de l’hiver, là où le Yin est à son apogée, le Yang reste présent à l’image du symbole Tai Ji. La médecine traditionnelle chinoise est une clé préventive : conformez-vous au rythme de la nature.

« Au cœur de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »
Albert Camus, L’Été, 1952.

L’hiver dans la nature

Pour comprendre ce qui se passe dans le microcosme de notre « petit monde intérieur », regardons ce qui se passe à l’extérieur, au niveau du macrocosme.

À l’instar des animaux qui hibernent, nos énergies se terrent. Les graines s’enfouissent dans la terre en attendant de germer au printemps prochain. La force de vie est sous terre. Le corps humain est soumis au même type d’énergie.

La concentration n’est plus à l’extérieur mais à l’intérieur : on met de côté le faire pour faire de la place à l’être. À l’image de la nature, vous devez ralentir votre rythme.

Les phases de repli sont vitales et permettent l’expansion à venir. Si l’on ne peut s’échapper du flux d’activités qui marquent notre quotidien (métro-boulot), tout est question de rythme et de proportion entre l’activité et le repos.

Certains diront même que pour 1 unité d’activité Yang, il faut 2 unités de récupération Yin. Les temps calmes sont à privilégier : lisez, écrivez, posez-vous sous la couette ou sur le canapé. C’est le bon moment et surtout sans culpabilité !

L’eau, élément de l’hiver

En énergétique, l’eau est l’élément rattaché à cette période.

Si l’eau possède une grande capacité d’adaptation, elle a un profond pouvoir de pénétration. Sur le long terme, peu d’éléments ont la possibilité de la contrôler : elle éteindra le feu et érodera la pierre.

Face à la pesanteur, l’eau coule et s’enfonce dans les profondeurs de la terre et s’insinue dans les moindres recoins et interstices. Élément associé à la sagesse et au mystère, elle est le lien vers le monde invisible et subtil.

Elle appartient au domaine de la nuit, du rêve, de l’inconscient et de l’intuition. Elle permet le retournement de la mort à la vie, la métamorphose et la transformation.

Cette période est une invitation au sein des profondeurs qui vous habitent : des plus silencieuses aux plus inconfortables. Découvrez vos abîmes insondables comme le calme profond de votre être. C’est dans cette énergétique que je vous invite.

La tortue noire, gardienne du Nord

Rien d’étonnant donc que l’animal mythologique rattaché à cette période selon la tradition taoïste soit la tortue noire.

Souvent représentée enlacée avec un serpent, la Tortue noire est également appelée le Guerrier sombre, le Véritable guerrier ou le Guerrier mystérieux selon les traductions.

Esprit protecteur du Nord qui représente la direction des ancêtres, des esprits et des défunts, elle est le symbole de longévité. Ses qualités Yin d’introspection et de sagesse doivent nous inspirer.

Dans la Chine ancienne, les oracles étaient très fréquents, et leurs lectures se faisaient régulièrement en interprétant les carapaces de tortue. Lorsqu’elle fait son apparition dans un tirage, elle évoque des éléments cachés, secrets, invisibles et la possibilité d’un retournement profond.

Le rein et la vessie, organes de l’hiver

Ainsi, le couple Rein-Vessie est associé à cette saison. Un des prochains épisodes sera plus spécifiquement consacré à cet organe primordial qu’est le Rein. En attendant, voici un condensé afin de mieux l’appréhender.

En Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), le Rein occupe une place centrale.

Il est considéré comme la racine de la vie et gouverne l’énergie vitale (le Qi), l’essence vitale (Jing), la croissance, la reproduction et la longévité.

Il stocke l’Essence héritée de nos parents et détermine notre constitution de base. On dit qu’il est la source du Yin et du Yang de tous les autres organes, c’est dire son importance ! Il est également la source de l’Eau et du Feu originel de notre corps.

Faire place au silence et à l’ennui

L’hiver est froid. L’hiver est silencieux. La période hivernale nous invite donc à ce silence : extérieur mais également intérieur.

Laissez de côté les activités inutiles et vos processus de compensation du vide par la fuite ou le contrôle. Initiez-vous à l’ennui. Les sollicitations épuisent le Shen, l’esprit et le cœur.

Lorsque l’on est enfant et dépendant, l’ennui est inévitable. À titre personnel, je me souviens des heures passées à regarder défiler les nuages à l’arrière de la voiture, à considérer chacune des gouttes perlant sur les fenêtres comme à rêvasser le regard fixé sur le plafond de ma chambre.

Adulte, on comble ces temps de vide qui sont pourtant nécessaires et même fertiles.

Loin d’être inutile, le mode par défaut de notre système prend le relais et déclenche la rêverie, la réflexion, et la créativité. C’est donc dans cet espace d’ennui que se libère notre capacité créative mais aussi nos capacités d’intégration, de mémorisation et d’apprentissage. Les émotions peuvent surgir et être triées.

Trop d’activité et de stimulation entraînent un excès de dopamine et cortisol. Au contraire, l’ennui permet une descente du cortisol et une stabilisation du système nerveux. En gros, plus vous faites, moins ça rentre. Car même lorsque l’on ne fait « rien », le cerveau travaille.

Je vous invite donc à l’austérité du silence, la rudesse de l’inaction. Faites ce retour à vous. Constatez l’agitation intérieure en quête de la future action à mener ou to do list à rédiger.

Connectez-vous au Yin et ainsi nourrissez votre rein.

Dans un juste équilibre, profitez de cette période Yin pour nourrir votre esprit qui, si l’on s’en tient à de nombreuses pensées religieuses et spirituelles, vous perdurera. Dans la pensée bouddhiste, ce que nous « regardons », « écoutons » ou « consommons » sont des graines latentes dans notre esprit. Semez des graines douces et fertiles.

La peur, émotion de l’hiver

Dans la nature, le silence de l’hiver nous invite à tendre l’oreille au moindre bruit, à guetter le danger. La peur est l’émotion qui prédomine en cette période.

Aujourd’hui, ce n’est plus l’appel du prédateur qui nous tient en alerte mais celui de notre société. À l’heure actuelle où l’information est permanente et immédiate, le sentiment d’insécurité est grandissant.

La multiplication des risques que constituent les crises économiques, les changements climatiques ou les pandémies augmentent notre sentiment d’imprévisibilité. Les mécanismes de peur et d’anxiété sont activés.

Face à cette peur, le Rein s’affaiblit, et avec lui notre volonté, notre courage et notre détermination.

Parallèlement à cela, les structures anciennes se délitent, l’individualisme isole ce qui fragilise l’ancrage psychique. Nos racines représentées par le Rein s’ébranlent davantage.

Un peuple apeuré est un peuple qui n’a pas « les reins solides », une population plus docile et malléable. Déjà dans l’Antiquité, Épicure voyait la peur comme une force d’aliénation. Plus tard, Spinoza a montré que la peur peut être utilisée comme instrument de pouvoir, car elle rend les peuples plus faciles à diriger.

La peur est un mécanisme de survie. Elle engendre la recherche de protection et de conformisme social. En période de peur, beaucoup préfèrent « suivre » plutôt que risquer l’exclusion au prix de nos libertés. Lorsqu’elle devient chronique ou disproportionnée, la peur vide l’énergie du Rein.

Se protéger des sources négatives devient aujourd’hui une clé de notre énergie.

Conseils pratiques pour l’hiver

Dans la salle de bain :

  • Lavez-vous ni trop, ni trop peu afin de ne pas dérégler le microbiote cutané ni augmenter la sensibilité aux infections et allergies. Le corps doit être propre mais vivant, pas stérilisé.
  • Portez des vêtements noirs, bleu foncé, particulièrement sur le bas du corps pour soutenir l’énergie du Rein, vos racines.
  • Réalisez des bains de pieds bien chauds (avec du gingembre pour réchauffer en profondeur c’est encore mieux), posez une bouillotte sur les pieds et dormez en chaussettes !

Pour affronter le froid :

  • Couvrez vos extrémités. Les méridiens du rein et de la vessie démarrent aux pieds et n’aiment pas le froid. Les collants fins d’hiver comme les socquettes ne sont pas recommandés : portez des grosses chaussettes pour préserver votre rein. Vos semelles sont-elles suffisamment épaisses et les chaussures rembourrées ?
  • Maintenez votre ventre et vos lombaires au chaud : ceinture de flanelle, tissu autour de la taille, bouillotte chaude, pull long qui recouvre le haut des fesses. On oublie les crop-tops !
  • Couvrez-vous la tête dont s’échappe votre Yang car protéger ce Yang en hiver est primordial. Profitez-en pour cacher vos oreilles, les orifices du Rein.
  • Protégez le bas de votre crâne et votre nuque pour éviter le « vent-froid ».
  • Remontez votre écharpe sur le nez quand il fait froid : cela réchauffe l’air que vous inspirez et vous protège contre le froid.

Au quotidien :

  • Réalisez quelques petits exercices de respiration : respirez lentement par le nez, profondément, pendant quelques minutes par jour. Cela réchauffe les muqueuses, apaise le système nerveux et améliore la circulation nasale.
  • Augmentez votre temps de sommeil, prenez du repos, faites des siestes, couchez-vous plus tôt et levez-vous plus tard. Je pense à tous les travailleurs de nuit : les nuits de labeur sont un coût parfois trop élevé.
  • Pratiquez le mouvement doux pour éviter la stagnation. Afin de permettre une bonne circulation en ces temps de ralentissement des énergies, apportez de la circulation douce à votre corps : marche, tai-chi, yoga, qi gong, mouvements énergétiques chinois, etc.
  • Protégez-vous des sources d’information générant insécurité et anxiété.
  • Portez une attention particulière aux choix de vos films, séries et lectures.
  • Faites de la place à l’ennui, au calme, au silence aussi inconfortables soient-ils. Permettez à vos enfants de s’ennuyer.
  • Évitez les sons intempestifs. Si vous avez pour habitude de laisser la télévision ou la musique allumée, faites de la place au silence.

Pour votre intérieur :

  • Humidifiez l’air de votre intérieur. S’il est trop sec par les chauffages : utilisez un humidificateur, ou plus simplement mettez un bol d’eau près du radiateur.
  • Aérez votre espace afin de renouveler l’air intérieur souvent plus pollué que celui extérieur (accumulation de CO2, composés organiques volatils, particules fines, etc.). Cela permet dans certains cas d’éviter les condensations liées aux vapeurs d’eau qui sont le terrain idéal pour les moisissures.

L’hiver termine le cycle annuel, alors dans cette période de calme et de sagesse, osez l’introspection. L’eau de l’hiver nourrit la vie humblement, elle vous nourrira également. Restaurez vos forces pour le printemps à venir.

Article rédigé par Angélique Pourtaud,
praticienne de médecine chinoise, masseuse
et professeure de yoga aux Sables d’Olonne.

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