Diététique chinoise : comment nourrir son corps au printemps
Le Foie participe à la bonne digestion en accompagnant les mouvements de montée et de descente du corps et notamment ceux du système digestif. C’est pourquoi, en cette saison comme en toute autre, il est important de prendre soin de son alimentation. Adapter nos repas aux saisons est une corrélation nécessaire avec les lois de l’univers. Il est primordial de se réadapter aux rythmes naturels du Ciel et de la Terre afin de ne pas contraindre nos corps à un mouvement qui n’est pas celui de l’instant. Modulez vos repas « classiques » et « intemporels » en y incluant des produits, saveurs ou couleurs propres à l’organe de la saison, à savoir le Foie, tout en respectant votre état de santé et vos besoins quotidiens.
Voici quelques conseils basiques pour le printemps :
1. Simplifier et alléger
Le printemps est une période de renouveau, d’expansion et de montée naturelle du Yang. Le Qi du Foie doit circuler librement pour accompagner ce mouvement. Après l’hiver, saison du stockage et de prise d’aliments plus riches et denses, un retour à la simplicité de l’assiette est nécessaire. Le Foie gère la circulation du corps, et par conséquent, il déteste la stagnation. Des repas trop lourds, gras, riches ou volumineux alourdissent la Rate et l’Estomac ainsi que leur voisin de palier : le Foie. Au printemps, la nature est plus légère, volatile et fraîche ; il est conseillé de simplifier votre alimentation pour suivre ce flux. On évitera les excitants (alcools, drogues, cafés forts, tabac) pour permettre une naissance douce et harmonieuse du Yang printanier. Par ailleurs, cette saison nous invite au mouvement des corps (et de l’esprit) : n’oubliez pas la petite marche digestive.
2. La couleur verte
La couleur verte, très présente dans nos paysages printaniers, est l’expression des végétations naissantes. Cette couleur aux mille nuances va directement au Foie. On dit qu’elle le favorise. C’est pourquoi on insère les aliments verts dans son alimentation comme les brocolis, cornichons, chou vert, épinards, pois cassés et salades. Les herbes aromatiques fraîches (ciboulette, persil, coriandre) sont légères, mobiles et légèrement piquantes, ce qui est idéal en ce moment. Les graines germées se consomment surtout au printemps, période de l’année de germination naturelle des plantes. Elles sont à utiliser avec parcimonie car une graine possède les propriétés énergétiques propres à la naissance d’une plante entière. Vous pouvez également tester les fleurs et bourgeons comestibles. Le thé … vert est la boisson de la saison.
3. La saveur acide
« Durant le premier mois du printemps, il convient de diminuer le salé et l’acide, et d’augmenter le piquant. Soutenir les reins, tonifier le poumon et nourrir le Qi de l’estomac. Au deuxième mois, supprimer l’acide et augmenter le piquant. Soutenir le rein, naturellement faible, et tonifier le foie. Exclure l’acide car cette saveur contraint la libre circulation de l’énergie du foie. Et mettre l’accent sur le piquant car il harmonise le rein et libère le poumon des mucosités. Et au troisième mois, il convient de diminuer le doux qui freinerait le dynamisme du Qi du foie et d’augmenter le piquant pour tonifier le Jing du rein et favoriser le Qi. »
Citation de Sun Simiao (VIIe siècle), extraite des Prescriptions d’acupuncture valant mille onces d’or (traité d’acupuncture), traduite et commentée par Catherine Despeux (Guy Trédaniel, 1990), reprise dans Isabelle Laading, Diététique chinoise – Nourrir la vie.
La saveur acide « entre » directement dans son organe fief : le Foie. L’acide a une action astringente ; elle va permettre de resserrer, contracter et consolider.
Les aliments de nature acide sont :
- abricot, citron, faisan (viande de), fraise, grenade, haricots azukis, kiwi, lait fermenté, mandarine, orange, pamplemousse, pomme verte, prune, raisin, tomate, vinaigre, viande de cheval. L’acide permet de retenir et générer les liquides.
Par son action de rétention, la saveur acide stocke les pertes excessives ; elle tend à retenir ce qui s’échappe : elle tempère la sudation excessive, ferme les pores de la peau. Elle peut être utile dans les cas de perte de liquides : éjaculation précoce, leucorrhées, règles hémorragiques, diarrhée. De même, elle va permettre le maintien du sang et des liquides dans les tendons et les muscles et soutenir dans une certaine mesure leur assouplissement. La saveur acide, à l’image de la tranche de citron dans le verre en été, est idéale en cas de soif car elle fait « saliver ».
Seulement, notre alimentation actuelle est souvent trop acide. L’industrie alimentaire utilise cette saveur comme exhausteur de goût, régulateur de pH ou conservateur sous les noms d’acide citrique, lactique, malique, acétique. Et son excès, comme tout excédent en MTC, est néfaste. D’ailleurs un goût acide dans la bouche peut être le signe d’une pathologie du Foie, l’organe associé à la saison. Mais un goût amer (saveur rattachée au Cœur) peut également évoquer un dysfonctionnement du Foie ou de la Vésicule Biliaire.
Si la saveur associée au Foie est l’acide, cela ne signifie pas qu’elle soit utile et juste pour tous. Tout dépend de votre terrain et de votre besoin du jour. En effet, l’acide contracte et retient. En contenant le Qi, l’acide en excès produit un effet contraire au besoin de circulation de l’énergie du Foie. Le Foie peut avoir tendance à stagner. La consommation d’agrumes peut donc contribuer à la stagnation, tensions ou crampes. Au début du printemps, un excès d’acide pourrait trop contracter ou freiner le mouvement expansif naturel du Qi du Foie. Une appréciation immodérée pour cette saveur peut indiquer des dysfonctions du Foie.

4. Il était une fois…
« Il était une fois, une marchande de foie Qui vendait du foie Dans la ville de Foix. Elle se dit : « Ma foi, C’est la dernière fois Que je vends du foie Dans la ville de Foix ! » »
De manière générale, en Médecine Chinoise, manger du foie animal (foie de bœuf, morue, de porc, d’agneau, de poulet ou de volaille) est considéré comme bon pour le Foie humain, et c’est même une pratique classique en diététique chinoise. Cela repose sur le principe de « nourrir l’organe par l’organe similaire ». Le foie est riche en sang, et nourrit directement une des fonctions principales du Foie qui est le stockage du sang. C’est un produit souvent conseillé pour traiter les pathologies des yeux. Les yeux étant l’orifice du Foie selon la MTC.
Pensez également à l’huile de foie de morue : c’est l’une des sources naturelles les plus riches en vitamine A et cette vitamine est essentielle pour la santé des yeux : vision nocturne, maintien des muqueuses oculaires. L’huile de foie de morue contient une bonne quantité d’oméga 3 (EPA + DHA) idéales pour la sécheresse oculaire, le glaucome et son effet anti-inflammatoire général. Considérée comme un remède incontournable et souvent obligatoire pour la santé des enfants : après la Seconde Guerre mondiale, on en distribuait directement dans les écoles.
5. Des alliés pour la saison
L’apport de piquant de manière régulière dans l’alimentation disperse les stagnations de Qi du Foie. Cette saveur dispersante peut donc vous soutenir en cette saison si on ressent de la stagnation. De plus, la saveur piquante favorise l’énergie du Poumon naturellement faible à cette période. Par leur pouvoir dispersant, ail, fromage de brebis, gingembre, navet, piment, poireaux, radis et thym seront des alliés. Les saveurs douces apportées par les céréales pour soutenir la Rate sont également nécessaires pour harmoniser le système digestif et peuvent être utilisées en cas de tensions trop fortes.
Vous pouvez également inviter et privilégier les produits étiquetés « printemps » pour leurs valeurs nutritionnelles propres à soutenir cette saison : « miel de printemps » ou « fromage de printemps ».
Et enfin :
- Pour un Foie trop actif (agitation, énervement, impatience) : céleri branche, chicorée, scarole, frisée, menthe.
- Pour un vide de sang du Foie (vision trouble, crampes, fourmillements, faible débit menstruel) : carotte, épinards, sésame noir, cerise, litchi, moule, ormeaux, foie de porc, baie de goji.
Que penser des cures de détoxification du printemps ?
Dans le grand monde de la MTC, comme dans toute pratique, on peut voir les tenants de la « tradition » et les « réformateurs ». Nous avons d’un côté ceux qui bataillent contre les « fameuses » cures de détox et autres purges, face à ceux qui y invitent. Chacun ayant de viables arguments, c’est pourquoi je vous invite à vous faire votre avis d’après votre EXPÉRIENCE.
Les traditionnalistes :
Selon la MTC classique, le concept de cure n’existe pas ; au lieu de chercher à purger, la médecine chinoise vise à restaurer l’équilibre énergétique. Le corps sait se détoxifier naturellement. La purification de l’organisme est considérée comme un acte violent et fait partie des principes de la MTC uniquement en cas d’urgence (intoxication). Les détox actuelles ciblent généralement uniquement le Foie, là où la MTC met en évidence, lors de l’établissement des diagnostics, une complexité du métabolisme n’incubant pas les symptômes à un seul organe. La médecine chinoise encourage un traitement de l’ensemble du corps de manière à prévenir l’accumulation plutôt qu’à la purger. Le corps n’étant pas considéré comme impur.
Les réformateurs :
D’autre part, les études contemporaines en témoignent : nos corps accumulent des toxines liées à des substances chimiques présentes dans nos environnements (médicaments, produits cosmétiques, habitat, alimentation, engrais, vêtements). Les cures régulières seraient nécessaires pour nettoyer notre organisme de ces produits qui ne sont naturellement pas présents. Le printemps serait la période adéquate : le corps cherche naturellement à s’alléger et à se purifier pour s’adapter à l’énergie Yang montante. Le Foie étant l’organe principal de détoxification, c’est le moment où il est le plus « actif » ou « fort » et donc le plus approprié à travailler.
Dans tous les cas, le printemps nous invite à une alimentation légère, au mouvement et à la gestion du stress. Sans la mise en place de ces « bonnes pratiques », les bienfaits d’une cure seront limités. Si votre Foie est en état de « vide », visez à le renforcer avant l’usage de plantes drainantes et détoxifiantes. On ne se lance pas dans un grand ménage sans ressource. Selon votre état, ces détox peuvent favoriser un affaiblissement du système digestif et des autres organes. Vérifiez que vos capacités d’élimination soient également suffisamment fortes : si de la constipation est présente, traitez ce symptôme en amont afin d’évacuer correctement.
Les cures de détox sont très à la mode et plus ou moins drastiques. Si vous souhaitez en réaliser, privilégiez les plantes douces permettant d’accompagner le mouvement naturel d’expansion et d’élimination du Foie. On pense au pissenlit qui active le fonctionnement du Foie et de la Vésicule Biliaire via la bile ; au desmodium connu pour favoriser le drainage hépatique et réguler le Foie ou au chardon-marie qui protège pendant un traitement médicamenteux. Les tisanes de feuilles séchées d’artichaut sont également intéressantes pour les fonctions biliaires et digestives. Dans tous les cas, demandez l’avis d’une personne compétente.
Prenez soin de votre état d’esprit et accompagnez votre cure de massages, ventouses, gua sha, acupuncture visant à mettre en mouvement l’organisme. La marche, le qi gong, le yoga et les étirements soutiennent le travail du Foie. Ces cures sont à éviter chez les personnes faibles ou ayant des troubles du comportement alimentaire comprenant l’orthorexie.
Quelques recommandations de plantes à infuser pour le Foie :
- Fleur de chrysanthème blanc (Bái Jú Huā, 白菊花) (plus connue des praticiens de pharmacopée chinoise) : Elle apaise le Foie et éclaircit la vue (conjonctivite, yeux rouges). Elle est aussi conseillée pour les personnes qui fixent longtemps les écrans. Clarifie la Chaleur et élimine les toxines : abcès, furoncles, infections cutanées. Des études actuelles confirment ses effets : anti-inflammatoires, antioxydants, antiviraux, hypotenseurs (légèrement).

- Pissenlit (racines et feuilles sèches) : À utiliser sur le long terme pour un Qi du Foie bloqué qui génère de la chaleur (gêne aux hypochondres, distension des seins, oppression, soupirs fréquents, tendance à la constipation). Déblocage doux.
- Verveine officinale : Pour un Qi du Foie bloqué (irritation, maux de tête). Elle aide à relâcher le corps et l’esprit, notamment après un choc.
- Ortie : Nourrit le sang, soutient la Rate et stoppe les fuites de sang. Idéale pour l’anémie, la vision faible, les engourdissements et fourmillements, ainsi que pour une menstruation peu abondante. Riche en minéraux (fer, silice).
Article rédigé par Angélique Pourtaud,
praticienne de médecine chinoise, masseuse
et professeure de yoga à Talmont-Saint-Hilaire (Vendée).
